Les sanctions de Trump à l’encontre de Palestine Action importent la censure britannique aux EU
Dans une escalade de son offensive visant la liberté d’expression et l’organisation contre le génocide d’Israël à Gaza, l’administration Trump a imposé des sanctions « antiterroristes » au groupe britannique Palestine Action.

Ali Abunimah , 28 août 2026
Le 26 août, le département américain du Trésor a sanctionné le groupe en vertu d’une ordonnance exécutive émise après les attentats du 11 septembre 2001.
Il a également sanctionné Autistici Inventati, un groupe basé en Italie qui fournit des services numériques à des organisations de gauche, dont des groupes de solidarité avec la Palestine, ainsi que l’organisation internationale propalestinienne Masar Badil.
Les sanctions gèlent tous les avoirs que les groupes peuvent avoir sous juridiction américaine et interdisent généralement aux citoyens américains de leur procurer des fonds, des marchandises ou des services.
J’ai discuté des sanctions lors du livestream de The Electronic Intifada Livestream, comme le montre la vidéo en bas de l’article.
Alors qu’elles sont émises sous une autorité juridique différente, les sanctions vont sans doute imposer des restrictions non constitutionnelles aux droits des Américains à la liberté d’expression et d’association, restrictions similaires à celles imposées par l’administration Trump en ciblant la Cour pénale internationale et plusieurs organisations palestiniennes des droits humains.
Palestine Action est l’auteur d’effractions, d’occupations et de destructions de propriété ciblant le fabricant d’armes israélien Elbit Systems, des installations de l’armée britannique et d’autres sites complices du génocide commis par Israël.
La cofondatrice du groupe, Huda Ammori, a suggéré qu’une action directe au cours de laquelle, en mai dernier, les activistes avaient aspergé de la couleur sur un terrain de golf situé en Écosse et appartenant au président Donald, pouvait également avoir motivé les sanctions.
Le Trésor a accusé Palestine Action de soutenir des « actes de terrorisme », citant des dégâts à des équipements militaires, des blessures supposées à des policiers et l’encouragement par le groupe à recourir à des tactiques similaires.
Importation de la censure britannique
La démarche des EU vient après la très contestée décision du Royaume-Uni, en juillet 2025, d’interdire Palestine Action en vertu de sa Loi sur le terrorisme, ce qui place le groupe dans la même catégorie juridique que des organisations comme l’État islamique.
Cette interdiction est actuellement contestée devant la cour suprême de Grande-Bretagne.
Maintes fois, les juges britanniques ont acquitté ou refusé de condamner des membres de Palestine Action accusés de faits relatifs à des actions menées contre les usines israéliennes d’armement.
Entre-temps, au cours de l’année écoulée, la police britannique a arrêté des milliers de personnes, dont nombre de personnes âgées, souvent pour la simple raison qu’elles brandissaient des écriteaux sur lesquels on pouvait lire « Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action ».
En réponse aux sanctions américaines, Huda Ammori, qui est d’ascendance palestinienne et irakienne, a qualifié de « pire qu’hypocrite » un pays qui, en même temps, avait détruit ses patries et l’avait traitée de terroriste.
Ammori a déclaré à Al Jazeera que cette mesure « devait être un signal d’alarme pour toute personne soucieuse de la liberté d’expression et des libertés civiques ».
Elle a mis en garde contre le fait que l’interdiction décrétée par la Grande-Bretagne avait créé un modèle encourageant les gouvernements autoritaires à réprimer la dissidence politique et à criminaliser les citoyens britanniques vivant ou voyageant à l’étranger.
La Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE – Fondation pour les droits individuels et l’expression), une éminente organisation américaine qui défend la liberté d’expression, a elle aussi mis en garde contre la menace des sanctions américaines pour les droits fondamentaux. Elle a déclaré que ces sanctions pourraient se traduire par une importation de la censure britannique par les États-Unis.
FIRE a fait remarquer que, contrairement à la législation britannique, le Premier Amendement de la Constitution américaine faisait la distinction entre la fourniture de « soutien matériel » à des organisations interdites et le simple fait d’exprimer des idées à propos de ces mêmes organisations.
La répression internationale à l’encontre de la gauche
Les sanctions arrivent au moment où l’administration Trump «élargit son utilisation des pouvoirs « antiterroristes » contre ce qu’elle qualifie de d’organisations et de réseaux d’« extrême gauche ».
Il s’avère que cette campagne américaine de répression progresse avec la coopération de gouvernements européens et autres.
En juillet, des responsables de dizaines de pays, dont des États de l’Union européenne, ainsi que la Turquie et Israël, ont assisté à une conférence accueillie par le secrétaire d’État américain Marco Rubio à propos de ce que l’administration Trump prétend constituer une « résurgence du terrorisme politique ».
La Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Irlande, le Danemark, l’Australie, le Canada, l’Espagne et nombre d’autres proches alliés des EU ont tous participé à une conférence destinée à coordonner l’action contre le « terrorisme transnational d’extrême gauche ».
De même qu’elle vise la solidarité avec la Palestine, la répression se concentre sur les organisations antifascistes qui s’opposent aux mesures intérieures de l’administration Trump.
Arrêté pour avoir aidé des Palestiniens ?
Quelques jours avant cette conférence, les autorités espagnoles ont arrêté l’activiste américain Fergie Chambers, un philanthrope communiste héritier de la fortune de la famille Cox.
Il reste dans une prison espagnole où il combat son extradition vers les États-Unis.
Selon un acte d’accusation secret examiné par Kit Klarenberg pour The Grayzone, des procureurs fédéraux accusent Chambers de blanchiment international d’argent dans l’intention de fournir du soutien matériel à des organisations terroristes étrangères.
Klarenberg a fait savoir que l’accusation avait identifié des transferts depuis des banques américaines vers la Tunisie – où Chambers a vécu – mais qu’elle ne proposait aucune preuve que Chambers avait donné de l’argent à l’une ou l’autre organisation désignée. S’il est extradé, il risque jusqu’à trente ans de prison.
Chambers a vendu ses parts dans l’empire commercial Cox pour une somme estimée à 250 millions de USD.
On prétend qu’il a donné plus de 1 million de USA à des projets humanitaires à Gaza et à des organisations militantes et réseaux d’information propalestiniens.
Il a également financé des affaires en Tunisie, l’équipe de football du Club Africain et des cautions et frais juridiques d’activistes de gauche emprisonnés, dont des membres de Palestine Action aux États-Unis.
Sa partenaire Stella Schnabel et d’autres de ses amis décrivent l’affaire à son encontre comme de la persécution politique.
Le journaliste Max Blumenthal a prétendu que « l’administration Trump contrôlée par Israël a désigné Palestine Action comme un groupe terroriste afin de justifier son acte d’accusation très superficiel à l’encontre de Fergie Chambers et d’exercer des pressions sur le gouvernement espagnol pour qu’il l’extrade ».
Les démocrates restent silencieux
C’est plausible, mais une chose est sûre, c’est que la toute récente action de l’administration Trump fait partie d’une campagne plus large contre la dissidence intérieure et contre la solidarité internationale avec la Palestine.
Combattre cette campagne devrait être la priorité de tout parti d’opposition aux États-Unis.
Au moment de rédiger le présent article, The Electronic Intifada n’a pu dénicher un seul démocrate élu, y compris les prétendus progressistes, qui avait condamné les sanctions.
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Publié le 28 août 2026 sur The Electronic Intifada
Traduction :Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine
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LIsez également : Washington ne criminalisera pas la lutte de notre peuple ni ne dépouillera celui-ci de son droit à la résistance et au retour (Masar Badil)






