Basma Fahoum : « La vie pour les Palestiniens en Israël est compliqué à tout égard »

Basma Fahoum

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Basma Fahoum, une activiste de l’organisation « Who Profits from the Occupation? » (Qui profite de l’occupation) rencontra dernièrement la collaboratrice de « The Electronic Intifada », Adri Nieuwhof, et discuta avec elle de ce que signifie être un palestinien en Israël et de ses efforts assidus en vue de réaliser les droits de sa communauté.

Adri Nieuwhof : Peux-tu te présenter ?

Basma Fahoum : J’ai 22 ans, je suis une citoyenne palestinienne d’Israël. Je suis née à Nazareth.

AN: Peux-tu expliquer la vie des jeunes Palestiniens en Israël ?

Basma Fahoum : La vie est difficile à tout égard. Tout est compliqué, tu dois tout le temps réfléchir… Si tu vas dans un super-marché ou un autre magasin, tu te poses des questions sur la personne qui te vend ses marchandises. Est-ce qu’il soutien ma cause ? Est-ce qu’il me hait ? Est-ce qu’il hait les arabes?  D’un côté, nous nous sentons une partie du peuple palestinien, de la nation palestinienne. De l’autre côté nous avons une carte d’identité israélienne. Nous parlons l’hébreu. Nous connaissons la culture israélienne. Tout est très émotionnel.

AN : Est-ce qu’il y a des différences dans la façon dont vivent les jeunes femmes ou hommes en Israël ?

Basma Fahoum : Bien sûr, il y a différences entre femmes et hommes. La communauté palestinienne laisse plus l’occasion aux jeunes hommes de faire ce qu’ils veulent. C’est une société très condescendante. Les femmes ont moins de liberté. Par exemple : il est difficile de louer un appartement est difficile, aussi parce que je préfère vivre avec des femmes. C’est plus acceptable pour les hommes de travailler, de changer de ville, de façon autonome. Tout cela est moins accepté pour les femmes.

AN : Comment es-tu devenu activiste ?

Basma Fahoum : Ma participation dans la «Coalition des Femmes pour la Paix» (« Coalition of Women for Peace ») s’est faite par le biais de « Qui profite de l’occupation » (« Who Profits from the Occupation »). J’ai participé à beaucoup d’activités. J’ai vu l’importance du travail de « Who Profits »  et c’est ainsi que j’ai commencé à travailler comme bénévole dans le projet. Pour moi, l’occupation est illégale, inhumaine et inacceptable en vertu de mes conceptions éthiques. Même si je n’étais pas Palestinienne, la situation me mettrait en colère et me donnerait envie de m’engager pour y mettre fin.  Nous avons essayé beaucoup de choses. J’ai participé à une manifestation de 10.000 personnes contre l’occupation à Tel Aviv [après l’attaque contre la Flottille de la Liberté].

Beaucoup de gens veulent la fin de la situation actuelle. Il n’y aura pas de changement sans des mesures fortes. Et la force au XXIème siècle, c’est l’argent. L’économie israélienne est dépendante de l’occupation. C’est pour cela que je pense que nuire aux industries en Cisjordanie occupée et rendre leur présence là-bas non-rentable est un moyen puissant pour faire stopper leurs activités.

Dernièrement, il y avait un reportage de dix minutes à la télé israélienne sur le mouvement de boycott, de désinvesti­ssement et des sanctions et sur le boycott   académique. Le journaliste faisait des courses avec une femme qui ne voulait pas acheter des produits des colonies. Mais il trouvait que c’était difficile de faire passer cela dans une émission, parce qu’il se considère comme un patriote. Puis vint l’annonce que les Pixies supprimait leur concert en Israël.
Les israéliens se sentent devenir comme des parias, des indésirables…

AN : Quelle était la réaction en Israël après l’attaque contre la Flotille pour Gaza ?

Basma Fahoum : Le jour même, il y a eu deux manifestations à Tel Aviv. Une devant le ministère de la défense. Il y avait beaucoup de monde et les participants étaient révoltés. Une autre devant l’ambassade de la Turquie. Le journaliste Max Blumenthal a fait une vidéo de cette protestation qui montre comment les gens sont trompés par les médias et la propagande, et qu’ils ne connaissent pas les faits. En général, les israéliens soutiennent leurs militaires. Certains de la gauche israélienne étaient déprimés, voyant quel degré d’inhumanité l’état d’Israël peut attendre. Moi je pense qu’Israël s’est tiré une balle dans son propre pied et qu’il a montré au monde toute la sauvagerie dont il est capable.

AN : Quel est ton rêve pour le futur ?

Basma Fahoum : Mon rêve, c’est l’arrêt de l’occupation, l’arrêt de l’humiliation de toute une société, la levée du blocus de Gaza où un peuple innocent est enfermé dans une grande cage et où ses droits sont violés. L’autre part de mon rêve c’est l’égalité en Israël, pour les hommes et les femmes, pour les  Palestiniens et les Israéliens, pour les ashkenazes et les juifs mizharim (1), les Éthiopiens, les réfugiés et les migrants.  Mon rêve, c’est mettre fin à cet état de ségrégation dans lequel il y a la démocratie pour certains et le non-droit pour les autres. Je veux une solution pour les réfugiés palestiniens et la justice pour tout le monde.

AN : Et penses-tu que que la base de données de « Who Profits? », sur la façon dont les sociétés profitent de l’occupation est utile pour les activistes ?

Basma Fahoum : Bien sûr ! La banque de données est très utiles. Elles est mise à jour à l’aide d’informations fiables. Pour chaque activiste qui veut s’informer www.whoprofits.org est un très bon outil. Nous entreprenons de nouvelles recherches et nous encodons des noms de nouvelles sociétés en permanence. Nous trouvons ces nouvelles sociétés lorsque nous nous rendons dans les colonies ou les zoning industriels, et nous rassemblons aussi de l’information sur Internet.

AN : Envisagez-vous d’autres activités ?

Basma Fahoum : Oui, le mois dernier, nous avons lancé une nouvelle initiative avec quelques amis. Au mois de novembre les Nations Unies ont déclaré la journée du 18 juillet la « journée Nelson Mandela » afin de mettre en valeur sa contribution à lutte pour la liberté. C’est aussi la journée d’anniversaire de Mandela. Nous, en tant que groupe d’activistes contre le racisme, la ségrégation, l’occupation et contre toute injustice, nous préparons un rassemblement à Tel Aviv afin de célébrer la liberté que nous n’avons pas et d’autres frères et sœurs n’ont pas non plus.

System Ali, un groupe hip-hop de Jaffa qui chante en hébreux, en arabe, en russe et en anglais nous rejoindra. Ainsi qu’un groupe éthiopien-israélien, Samira, une jeune artiste palestinienne, ainsi que « Les Ambassadeurs », un groupe de migrants et de réfugiés qui joueront de la musique africaine. Et nous aurons un DJ. Nous voulons avoir beaucoup de monde. Des activistes de terrain introduiront les artistes et expliqueront ce que nous pouvons apprendre de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

L’activité n’est pas liée à une organisation. Elle concerne des jeunes qui veulent accroître la conscientisation à propos de l’apartheid. Ce sera un grand évènement. Si je ne peux pas danser, c’est ce que n’est pas ma révolution !


Publié le 12 juillet 2010 sur The Electronic Intifada

adrinieuwhofAdri Nieuwhof est une avocate des Droits de l’Homme, installée en Suisse et collaboratice de l’Electronic Intifadah. Vous trouverez d’autres articles du même

(1) les juifs mizharim sont les juifs descendant des communautés juives du Moyen Orient

 

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