Karameh – Yvonne Sterk

Dans le matin c’est la bataille
Les villages s’évaporent en fumées noires.
Les blindés déroulent des écharpes de sables.

A Jéricho le camp des innocents est vide
l’exil aiguise leurs couteaux
de l’autre côté de l’eau.

La Mer-morte est un silence blanc,
mais au Pont Allenby, la mort crie
son droit de passage.

Les palmiers dans l’air chaud
se tiennent immobiles,
les trompettes encor
aux fibres de leurs troncs.

Aujourd’hui c’est Karameh !

L’oiseau vole à l’envers
parmi les buissons noirs,
un soleil crache sur la mer.

Aujourd’hui c’est Karameh !

Demain chez nous, notre village.
Aujourd’hui, des étrangers
demain c’est nous, c’est toi et moi,
Aujourd’hui… demain… devant nous,
on tire, on brûle, on tue.

Aujourd’hui c’est Karameh,
Jéricho tout à côté.
Dans la main c’est la bataille,
le sang qui bout dans le napalm.

Où vont s’arrêter mes pieds
reculant dans le passé
de ce matin de bataille
en mon village-Karameh ?
C’est autrefois et c’est ici :
fendus, cassés, noirs, éventrés…
Et un chant au fond de l’air
qui semble venir du soleil

 

Affiche en hommage à la bataille de Karameh


Poème publié dans le recueil « Le rempart de sable » – Editions L’Arbre à Paroles, 2002

Contexte historique : La révolution aux frontières : la Jordanie

Fragments d’histoire du mouvement révolutionnaire : la bataille de Karameh

Yvonne Sterk, poétesse belge auprès des feda'i palestinensYvonne Sterk (1920-2012) découvrit la cause palestinienne en avril 1967 au cours d’un congrès international d’écrivains à Beyrouth, où étaient également présents des poètes palestiniens comme Fadwa Tuqan et Ghassan Kanafani.

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