La complicité de l’UE est un feu vert pour les exécutions israéliennes

Au lieu de sanctions, les crimes israéliens sont accueillis par un nombre sans cesse croissant de récompenses émanant de l’UE

23 juin 2020. La grand-mère d'Omar Yaghi montre une photo de l'enfant de 9 mois, plusieurs jours après son décès d'une insuffisance cardiaque, alors que ses parents attendaient un permis israélien pour sortir de Gaza en vue d'un traitement médical destiné à lui sauver la vie. (Photo : Ashraf Amra APA images)

23 juin 2020. La grand-mère d’Omar Yaghi montre une photo de l’enfant de 9 mois, plusieurs jours après son décès d’une insuffisance cardiaque, alors que ses parents attendaient un permis israélien pour sortir de Gaza en vue d’un traitement médical destiné à lui sauver la vie. (Photo : Ashraf Amra APA images)

Maureen Clare Murphy, 23 juin 2020

La semaine dernière, le militaire israélien qui avait abattu et tué le pêcheur de Gaza Nawaf al-Attar en 2018 a été condamné par un tribunal militaire à 45 jours de travaux au profit de la communauté pour avoir utilisé son arme sans en avoir reçu l’ordre.

La sentence constitue à la fois une petite tape sur les doigts et un rare exemple où un militaire israélien subit les conséquences – même très légères – d’avoir tué ou blessé un Palestinien volontairement et sans la moindre justification.

Cette sentence exagérément légère, a expliqué à l’adresse des médias l’association B’Tselem pour les droits humains,

« n’est que le dernier exemple de la façon dont le système militaire d’application de la loi est conçu pour protéger les coupables, et non leurs victimes ».
« Infliger une occupation militaire des décennies durant à de millions de personnes requiert une violence exorbitante et l’impunité pour les militaires soutiennent cette occupation »,

a ajouté l’association.

Du fait qu’il y a aucun espoir de justice au sein des appareils israéliens d’auto-investisation, qui n’existent que pour contourner la curiosité judiciaire internationale, les Palestiniens se sont tournés vers le tribunal du dernier recours pour les victimes des pires violeurs des droits de l’homme qui soient au monde.

Après cinq annnées d’examen préliminaire de la situation en Palestine, la Cour pénale internationale est disposée à lancer une enquête officielle qui pourrait se solder par des accusations à l’encontre d’Israéliens coupables de crimes de guerre perpétrés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Quelque 3 500 Palestiniens, dont 800 enfants, ont été tués dans ces territoires au cours de la décennie qui s’est écoulée depuis que les Palestiniens ont introduit une première demande auprès de la cour.

Le nombre de soldats condamnés à propos de la mort d’un Palestinien durant ce laps de temps peut se compter sur une seule main.

Ces soldats assassins dont le comportement a été examiné par les mécanismes israéliens d’auto-investigation s’en sont aisément sortis. Certains ont même bénéficié de promotions.

La CPI dans le collimateur

Puisque les tribunaux locaux protègent les soldats israéliens ainsi que leurs commandants et leurs dirigeants politiques contre toute demande de comptes, la justice au niveau international s’est avérée tout bonnement inaccessible.

Depuis des décennies, les États-Unis jouent un rôle clé, non seulement en finançant l’occupation militaire par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, mais aussi en l’abritant de toute demande de comptes.

Le tout dernier effort en ce sens consiste en un ordre exécutif sorti par Donald Trump au début de ce mois.

Il permet aux États-Unis d’imposer des sanctions ou des interdictions de voyage à toute personne employée par ou collaborant avec la CPI, dont la procureure générale a recommandé des enquêtes sur des crimes de guerre concernant les forces américaines en Afghanistan.

Dans une démarche rappelant les punitions collectives de style israélien, l’ordre de Trump permet même des sanctions contre les membres des familles des fonctionnaires de la CPI.

Bien que l’ordre exécutif ne mentionne pas Israël, les États-Unis se sont unis à ce pays afin de contrecarrer toute enquête de la CPI visant leurs ressortissants respectifs.

« Étant donné la robustesse du système juridique civil et militaire d’Israël et les solides antécédents d’enquêtes et de poursuites à l’encontre de la méconduite de son personnel militaire, il est clair que la CPI ne tient Israël dans sa ligne de mire que pour des raisons bassement politiques »,

a déclaré le secrétaire d’État américain Mike Pompeo au début de ce mois.

« C’est une parodie de justice », a ajouté Pompeo, alors que tous les faits prouvent le contraire.

Dans une tentative de rallier les États européens contre la Cour, Pompeo a mis en garde les alliés des États-Unis en leur disant « vos concitoyens pourraient être les suivants », et particulièrement ceux « originaires des pays de l’Otan qui ont combattu à nos côtés le terrorisme en Afghanistan ».

Mardi, plus de la moitié des États membre de la Cour pénale international ont sorti une déclaration commune reconfirmant leur « soutien indéfectible » au tribunal.

Le responsable de la politique étrangère de l’Union européenne (UE), Joseph Borrell, a déjà exprimé ses « graves préoccupations » à propos des menaces américaines à l’encontre de la CPI.

Il a renouvelé l’engagement de l’UE dans

« la défense du tribunal contre toute interférence extérieure visant à entraver le cours de la justice et à saper le système international de justice pénale ».

Pourtant, un grand nombre de ces États qui prétendent soutenir la justice face aux menaces des États-Unis à l’encontre de la CPI ont contribué à l’érosion de la justice et des demandes de responsabilité.

Le siège illégal infligé à Gaza par Israël en tant que punition collective est entré dans sa 13e année dans le même temps que le nouveau gouvernement israélien s’apprête à annexer unilatéralement environ 30 pour 100 de la Cisjordanie.

Au lieu de sanctions, ces crimes sont accueillis par un nombre sans cesse croissant de récompenses émanant de l’UE.

Dans le même temps, les États membres de l’UE que sont la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et la République tchèque sont intervenus auprès de la CPI afin de mettre les responsables israéliens à l’abri de toute enquête et accusation, en prétendant que le tribunal n’a aucun compétence juridique dans les territoires palestiniens.

Ce traitement favorable constitue effectivement un feu vert pour les crimes d’Israël contre le peuple palestinien.

Les victimes du siège

Nawaf al-Attar, le pêcheur gazaoui tué en 2018 a été abattu dans le cadre de l’application par Israël du blocus terrestre, aérien et naval contre Gaza.

La complicité internationaleaussi bien les menaces de Trump que l’hypocrisie de l’UE – ont permis la persistance du siège imposé par Israël.

Les toutes dernières victimes sont deux enfants qui n’ont pas reçu de permis israéliens de quitter Gaza à temps pour des traitements médicaux censés leur sauver la vie.

Personne ne sera tenu responsable de leur décès. Mais les lois internationales prétendent néanmoins qu’Israël, en tant que puissance occupante, est responsable de la santé des Palestiniens vivant sous son pouvoir militaire.

En dépit de toute cette misère et de toute cette injustice, les responsables des Nations unies continuent à approuver et encenser les auteurs israéliens de ces mesures et crimes de guerre particulièrement cruels :

 

En s’exprimant d’une certaine façon et en empruntant une tout autre voie, les gens qui prétendent œuvrer en faveur d’un ordre international libéral défendant les droits humains sont tout aussi responsables que les tous les Trump bellicistes du monde entier de cette incapacité de protéger les humains les plus vulnérables.


Publié le 23 juin 2020 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

Lisez également : L’UE revient sur sa mise en garde à Israël à propos de l’annexion de la Cisjordanie

L’UE n’a pas réitéré sa menace d’imposer des conséquences à Israël si ce dernier fait mine d’annexion d’une partie plus importante de la Cisjordanie occupée

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