La résistance palestinienne tue un soldat près de Naplouse

Mardi, un soldat israélien a été tué alors qu’il surveillait une marche de colons réclamant la répression militaire de la résistance armée palestinienne.

Le coup de feu fatal a été revendiqué, paraît-il, par une organisation de Palestiniens armés de plusieurs factions politiques, organisation installée à Naplouse et surnommée la Fosse aux Lions.

Le 11 octobre, les forces d’occupation israéliennes ferment l’entrée de la ville palestinienne d’Anata et du camp de réfugiés de Shuafat. (Photo : Saeed Qaq / APA images)

Le 11 octobre, les forces d’occupation israéliennes ferment l’entrée de la ville palestinienne d’Anata et du camp de réfugiés de Shuafat. (Photo : Saeed Qaq / APA images)

Maureen Clare Murphy, 11 octobre 2022

Le tireur supposé s‘est tenu éloigné, mardi, comme l’a fait le tireur qui, ce week-end, a tué une soldate et blessé très grièvement un garde au check-point de Shuafat, près de Jérusalem.

Citant l’armée, les médias israéliens ont rapporté que, mardi,

« un tireur, apparemment, a ouvert le feu depuis un véhicule de passage et a ensuite fui les lieux en toute hâte ».

La marche des colons, qui « se déroulait à plusieurs kilomètres de là », s’est poursuivie après le coup de feu, rapporte The Times of Israel.

Les médias israéliens ont publié des images prises par une caméra de la sécurité pour montrer le véhicule du présumé tireur s’éloignant de la scène :

Le soldat abattu a été identifié comme Ido Baruch, 21 ans, un sergent-chef de la brigade Givati, une unité qui a été impliquée dans de graves crimes contre les Palestiniens dans la bande de Gaza.


Shuafat en état de siège

Pendant ce temps, les Palestiniens résidant au camp de réfugiés de Shuafat et dans d’autres zones de Jérusalem-Est occupée ont été soumis à d’intensives restrictions de mouvement par Israël et à d’autres mesures oppressives après le meurtre d’une soldate samedi, à un check-point tout proche.

La soldate a été tuée lors d’une escalade de la violence en Cisjordanie, quand, dès le début du mois, les forces israéliennes ont tué plusieurs Palestiniens.

La soldate tuée samedi a été identifiée comme Noa Lazar, 18 ans. En outre, un garde de la sécurité qui a été grièvement blessé au cours du même attentat, a été plongé dans un coma médicalement provoqué, ont rapporté les médias israéliens mardi.

Le garde blessé a été identifié comme David Morel, 30 ans, originaire du Brésil et qui a rallié l’armée israélienne comme « soldat isolé » (sans famille immédiate en Israël, NdT).

Le tireur palestinien présumé a été identifié comme Udai Tamimi, 22 ans, de Shuafat.

La police israélienne croit, prétend-on, que Tamimi se cache dans le camp de réfugiés de Shuafat.

La zone de Shuafat, déjà encerclée par le mur d’Israël et coupée du reste de Jérusalem, est sous siège depuis samedi soir, puisque les forces d’occupation ont lancé une chasse à l’homme contre le tireur présumé.

Les forces israéliennes ont bloqué toutes les routes menant au camp,

« y compris le passage au check-point entre Shuafat et le reste de Jérusalem, qui est utilisé quotidiennement par des milliers de personnes”,

a rapporté mardi Haaretz, le quotidien de Tel-Aviv.

Les blocages israéliens ont empêché des milliers de Palestiniens des zones affectées d’

« accéder au reste de la ville pour leur travail, leurs cours, leurs soins médicaux et autres nécessités, et il s’agit d’une grave violation de leurs droits fondamentaux »,

a fait savoir l’organisation israélienne Ir Amim.

 

Ir Amim a ajouté que le check-point à l’entrée de Shuafat avait été réouvert mardi mais que

« les raids constants et la lourde présence des forces israéliennes avaient engendré un environnement hostile, forçant tous les commerces et écoles de la zone à fermer ».

 

Dans l’intervalle, les magasins sont tombés à court de denrées essentielles, comme le pain, font savoir les résidents et Ahmad Tibi, un député palestinien au parlement d’Israël en visite au camp de Shuafat ce même mardi.

 

L’agende de presse de l’État palestinien, WAFA, a déclaré que les restrictions israéliennes affectaient environ 130 000 personnes et que les forces de l’occupation avaient transformé des quartiers en zones de guerre, lançant des gaz lacrymogènes et des grenades incapacitantes et tirant à balles enrobées de caoutchouc.

Une vidéo montre également les forces d’occupation israéliennes aspergeant d’eau nauséabonde le camp de Shuafat densément peuplé :

 

Une autre prise de vue montre les forces israéliennes en train de tabasser un Palestinien au check-point de Shuafat :

WAFA a ajouté que, mardi, une vingtaine de personnes avaient été arrêtées depuis samedi soir, alors que le personnel paramédical avait été empêché de faire circuler des ambulances dans la zone en état de siège.

Israël a arrêté la mère, le père et le frère de Tamimi, rapportent les médias israéliens.

Une vidéo a montré des dizaines de personnes défilant dans le camp de Shuafat mardi soir au moment où les Palestiniens s’engageaient à rejeter le blocus israélien.

 

 

Les Palestiniens de Shuafat ont lancé un appel en faveur de la grève générale et de la désobéissance civile tant que la situation du camp ne sera pas revenue à la normale.

 

Shaked cherche à annuler le statut de résidence

Ayelet Shaked, la ministre israélienne de l’Intérieur, a annoncé qu’elle avait ordonné aux autorités d’examiner si la résidence de Tamimi à Jérusalem pouvait être annulée « si, malheureusement, il devait être capturé vivant », a rapporté Haaretz.

Shaked, tristement célèbre pour avoir un jour promu un appel au génocide afin d’assassiner les mères palestiniennes, a également dit qu’elle envisagerait aussi de retirer les permis de résidence aux membres de la famille de Tamimi.

Une loi de 2018 permet au ministre de l’Intérieur d’Israël de révoquer la résidence permanente des Palestiniens vivant à Jérusalem-Est qui sont accusés d’avoir commis des agressions ou d’avoir été trouvés « en rupture d’allégeance » envers l’État.

« Selon la loi, l’État peut déporter toute personne dont le statut de résidence a été retiré », écrit Haaretz.

Israël a occupé le secteur oriental de Jérusalem en 1967 et a annexé le territoire en violation des lois internationales.

La loi de 2018 « a pour but de procéder à l’expulsion illégale des Palestiniens de Jérusalem » et elle constitue « une violation sévère » de leurs droits fondamentaux, ont déclaré des organisations de défense des droits humains.

Human Rights Watch a déclaré récemment que les révocations de résidence

« font partie des mesures qui maquillent les crimes des autorités israéliennes contre l’humanité que sont l’apartheid et la persécution de millions de Palestiniens ».

À la fin du mois dernier, Shaked a ordonné de quitter le pays à plusieurs proches de Fadi al-Qanbar, qui avait tué quatre soldats lors d’un attentat à la voiture-bélier près d’une colonie israélienne à Jérusalem en 2017 avant d’être abattu sur les lieux mêmes.

Dani Shenhar, un avocat qui travaille avec HaMoked, une organisation israélienne de défense des droits humains qui assure la représentation juridique de certains des proches d’al-Qanbar, a expliqué aux médias qu’il s’agissait « d’un cas manifeste de châtiment collectif ».


Un enfant succombe à ses blessures

Lundi, un garçon de 12 ans a succombé aux blessures encourues lorsqu’il a été blessé au cours d’un raid israélien à Jénine, fin septembre.

Mahmoud Muhammad Khalil Samoudi faisait partie d’un groupe de jeunes qui lançaient des pierres et des cocktails Molotov en direction des véhicules militaires israéliens stationnés à quelque 150 mètres de là, rapporte Defense for Children International – Palestine.

« On prétend que Mahmoud a jeté quelques pierres en direction des véhicules militaires israéliens et qu’ensuite les forces israéliennes ont tiré plusieurs balles réelles vers le groupe des jeunes Palestiniens »,

a déclaré DCI-P.

« Une balle a frappé Mahmoud au côté gauche de l’abdomen et est ressortie par le côté droit, provoquant une grave hémorragie et endommageant son gros intestin, ses reins et sa vessie. »

 

Quatre autres Palestiniens ont été tués au cours du raid du 28 septembre. Mahmoud était le cinquième enfant palestinien qui mourait suite aux tirs israéliens depuis le début d’octobre.

Les forces israéliennes et les colons ont tué 27 enfants palestiniens en Cisjordanie, depuis le début de cette année. Plus d’une douzaine d’autres enfants ont été tués durant les trois jours de bombardements à Gaza en août.

Quelque 100 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne et les colons en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est, depuis le début de cette année, au beau milieu d’une « recrudescence massive des raids militaires », comme l’a décrit la BBC.

Plus de 50 Palestiniens ont été tués au cours de l’offensive israélienne contre Gaza en août, y compris une douzaine environ qui ont péri dans des circonstances ambiguës ou suite à des tirs palestiniens en provenance du territoire même.

Huit autres Palestiniens ont été tués pendant ou après des attaques supposées ou réelles à l’intérieur d’Israël au cours de l’année.

Deux douzaines de personnes en Israël et d’Israéliens en Cisjordanie, dont plusieurs soldats et policiers, ont été tués au cours d’attaques par des Palestiniens durant la même période.

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Publié le 11 octobre 2022 sur The Electronic Intifada

Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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