Israël a juré que Gaza brûlerait


Le ministre de la Défense Benny Gantz a menacé les Palestiniens de Gaza de plus de destructions encore qu’il n’en avait ordonné à Gaza en 2014 et a déclaré que Gaza brûlerait.

Des Palestiniens inspectent les décombres de la tour al-Shurouk après sa destruction par une frappe aérienne israélienne le 12 mai. (Photo : Ashraf Amra APA images)

Tamara Nassar, 13 mai 2021

« Ce n’est que le début », a déclaré ce mercredi le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, après que les bombardements israéliens contre la bande de Gaza en état de siège se sont intensifiés au cours de leur troisième journée.

Le cabinet israélien de la guerre a approuvé le plan en vue d’intensifier encore la campagne de bombardement qui, jusqu’à présent, a déjà tué des dizaines de Palestiniens, dont bon nombre d’enfants.

Les ministres israéliens, rapporte-t-on, ont été unanimes dans leur refus d’accepter déjà le moindre cessez-le-feu.

« Nous leur ferons subir des frappes dont ils n’ont jamais rêvé », a déclaré Netanyahou en annonçant l’assassinat d’importants commandants du Hamas un peu plus tôt ce mercredi.

Dans un discours enregistré adressé aux Palestiniens de Gaza, le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, les a menacés de plus de destructions encore qu’il n’en avait ordonné à Gaza en 2014.

À l’époque, il était chef d’état-major de l’armée israélienne et c’est lui qui avait commandé l’offensive de 51 jours qui avait tué plus de 2 200 Palestiniens, dont 551 enfants.

« Gaza brûlera », déclarait encore Gantz dans la vidéo, proférant ainsi une menace directe à l’adresse des civils, ce qui pourrait très bien constituer une preuve de l’intention préméditée de commettre des crimes de guerre.

« Habitants de Gaza, la dernière fois où nous nous sommes rencontrés au moment de l’Aid al-Fitr (fête de la rupture du jeûne du Ramadan), j’étais chef d’état-major dans l’opération ‘Bordure protectrice’ »,

a-t-il expliqué dans la vidéo montrant des images de la destruction.

« Depuis lors, Gaza tente toujours de se remettre », ajoutait-il.

« Si le Hamas ne met pas un terme à sa violence, les frappes de 2021 seront encore plus sévères et plus douloureuses que celles de 2014. »

Gantz a accusé le Hamas d’opérer à partir des quartiers peuplés de civils afin de justifier les dégâts à Gaza dont il disait qu’ils seraient « plus étendus et plus intenses ».

Mardi, le porte-parole en langue arabe de Netanyahou, Ofir Gendelman, a utilisé une vidéo bidon pour accuser le Hamas d’utiliser des « boucliers humains » en « lançant des roquettes sur Israël à partir de zones peuplées ».

Dans un tweet publié mardi, Bezalel Smotrich, un membre du Parlement israélien, invitait l’armée à « aplatir l’enclave ».

Smotrich est l’auteur d’un plan d’expulsion des Palestiniens que Daniel Blatman, un éminent spécialiste israélien de l’Holocauste, a qualifié de « potentiellement génocidaire ».

Mort et destruction

Le ministre de la Santé de Gaza a fait savoir que 53 Palestiniens avaient été tués à Gaza depuis lundi, dont 14 enfants, et qu’il y avait plus de 300 blessés.

Toutefois, le nombre de morts et de blessés s’accroît d’heure en heure.

Six personnes ont été tuées en Israël, dont un enfant de 5 ans mortellement blessé quand un éclat d’une roquette a percuté l’abri anti-bombe de la famille à Sderot, ainsi qu’un soldat de l’occupation tué par un missile antichar lancé par le Hamas.

Parmi les tués en Israël figurent deux citoyens palestiniens, Khalil Awaad et sa fille Nadine. On prétend qu’ils n’ont pas pu accéder à l’abri anti-bombe du village de Dhamas où ils vivaient.

Les avions de combat israéliens ont largué des dizaines de missiles et l’armée a déclenché des tirs d’artillerie contre la bande de Gaza, ciblant des civils et leurs propriétés, de hautes tours résidentielles, des édifices gouvernementaux, des routes, des équipements publics, des terres agricoles, deux écoles et une mosquée.

Un missile israélien a également frappé un centre de quarantaine contre le Covid-19. Une maternité a également subi des dégâts et a dû être mise hors service.

Israël « a ressorti la stratégie consistant à détruire les maisons au-dessus des têtes de leurs habitants », a déclaré ce mercredi Al Mezan, une organisation des droits humains de Gaza.

Al Mezan a affirmé que « ce que font les forces d’occupation équivaut à des crimes de guerre ».

Plusieurs tours de grande hauteur détruites par Israël hébergeaient des dizaines de personnes, des entreprises et commerces ainsi que des agences médiatiques.

Une mère enceinte et des enfants tués

Dès les premières heures de mercredi, des avions de combat israéliens ont lancé deux missiles sur un immeuble à appartements de cinq étages dans le quartier de Tal al-Hawa à Gaza, tuant au moins cinq Palestiniens.

Reem Saad Kamel Saad, 31 ans, une mère enceinte, a été tuée en même remps que son fils de cinq ans, Zaid Muhammad al-Talbani.

Le corps de sa petite fille Mariam Muhammad al-Talbani n’a pas été retrouvé, a déclaré Al Mezan.

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Ont également perdu la vie au cours de la même frappe : Wael Abd al-Karim Issi, 41 ans, Hasan Muhammad al-Qahwaji, 43 ans, et Hala Hussein al-Rifi, 13 ans.

La frappe a provoqué des dégâts très importants aux maisons et immeubles avoisinants.

Attaques contre des fermiers

Mardi, les avions de combat israéliens ont tiré un missile sur des terres agricoles dans la zone sud-ouest de Deir al-Balah, dans le centre de l’enclave de Gaza, tuant Munther Abd al-Karim Baraka, 21 ans, et sa sœur de 18 ans, Manar Abd al-Karim Baraka.

Tous deux s’occupaient d’un élevage de volailles qui étaient la propriété de leur famille.

Mercredi, Israël a lancé une vingtaine de missiles sur un parc appartenant à la municipalité de Khan Younis ainsi que sur un emplacement de sécurité, tuant Mahmoud Jamil Kaluseh, 28 ans, dont Al Mezan dit qu’il se trouvait sur les lieux par hasard.

Mercredi matin, les avions de combat ont lancé un missile sur un véhicule civil, tuant la plupart des personnes qui y avaient pris place.

Talaat Jamil Agha, 36 ans, Atef Abd al-Rahman al-Barawi, 48 ans, Nael Khalid al-Barawi, 22 ans et Wael Faris al-Ghul, 55 ans, ont été tués. Un autre passager a été blessé.

Mercredi, des soldats israéliens positionnés près de la clôture de frontière dans le sud de Gaza ont ouvert le feu sur un groupe de fermiers à l’est de Khan Younis, tuant un adolescent de 17 ans, Bashar Ahmad Samour.

Samour ramassait du persil avec deux de ses proches à quelque 500 mètres de la clôture, quand les forces israéliennes l’ont abattu d’une balle réelle dans la poitrine, le tuant instantanément.

 

Mercredi, des avions de combat israéliens ont tiré deux missiles sur une voiture à Gaza, tuant Mustafa Mazen Kardeh, 31 ans, Saïd Hashim al-Hatu, 67 ans, ainsi que sa femme, Maysun Zaki al-Hatu, 55 ans.

 

Le fils adulte des Al-Haut et leur fille ont été blessés dans l’explosion.

Deux commerçants de magasins tout proches ont également été tués : Nader Muhammad al-Ghazali, 46 ans, et Abd al-Salam Mahmoud al-Ghazali, 28 ans.

Mardi, des tirs de missiles israéliens avaient tué Lina Iyad Shrir, 15 ans, en même temps que ses parents, Iyad Fathi Shrir, 44 ans, et sa femme Layali Taha Shrir, 40 ans.

Le bombardement de leur maison a provoqué d’importants dégâts aux maisons avoisinantes, a déclaré Al Mezan.

Des dégâts aux écoles de l’UNRWA

Malgré les nombreuses mises en garde adressées à Israël par les brigades Qassam – l’aile militaire du Hamas – afin qu’il ne bombarde pas les bâtiments résidentiels de Gaza, Israël a détruit 17 maisons et tours résidentielles, ce qui correspond à plus d’une centaine d’unités de logement.  

Délibérément, Israël a complètement détruit le building à appartements d’al-Hanady, près du port de Gaza.

Il hébergeait 80 familles, ainsi que des bureaux.

En guise de représailles, les brigades Qassam ont effectué des tirs de barrage de roquettes en direction de Tel-Aviv et des faubourgs avoisinants.

Mardi, des avions de combat israéliens ont également lancé six « missiles d’alerte » sur l’immeuble al-Jawhara dans le centre de Gaza, avant de lancer cinq missiles réels très tôt mercredi, qui ont détruit entièrement le building.

Ce building de 10 étages abritait des entreprises, des cliniques médicales et des organisations médiatiques.

Mardi également, dans le quartier d’al-Shujaiyeh, à Gaza, des avions de combat israéliens ont lancé deux missiles sur un groupe de Palestiniens, tuant Muhammad Abd al-Rauf Halas, 34 ans.

Une attaque israélienne au missile contre un emplacement de sécurité près de l’Université islamique de Gaza a provoqué de très importants dégâts à des écoles toutes proches gérées par l’UNRWA, l’agence des Nations unies.

Des missiles israéliens ont également frappé un autre emplacement sécuritaire dans le quartier de Tal al-Hawa, près du siège du Comité international de la Croix-Rouge. La déflagration a aussi provoqué des dégâts à des écoles toutes proches gérées par l’UNRWA ainsi qu’à une école d’enseignement supérieur.

Une roquette retombe trop tôt

Une roquette tirée par des factions de la résistance palestinienne à Gaza est retombée trop tôt et a tué huit Palestiniens ce lundi, rapporte Defense for Children International – Palestine (DCI-P).

La roquette est retombée à Jabaliya, dans le nord de Gaza, a expliqué DCI-P.

Deux enfants ont été tués dans l’explosion : Mustafa Muhammad Obaid, 16 ans, et Baraa Wisam al-Gharabli, 5 ans, qui a succombé à ses blessures un peu plus tard dans la journée.

Les forces de sécurité palestiniennes et des experts en explosifs ont expliqué à DCI-P que la cause de l’explosion était une roquette tirée depuis l’enclave et qui était retombée trop tôt.

Au moment où la nuit tombait ce mercredi, le bombardement de Gaza par Israël se poursuivait. Les factions de la résistance palestinienne ont riposté par des séries de roquettes, dont certaines ont même atteint la région de Tel-Aviv.

Actions de violence partout en Israël

Pendant ce temps, dans les villes d’Israël, la violence a éclaté entre résidents juifs et arabes. On rapporte que des centaines de colons sont venus de la Cisjordanie occupée pour participer à des agressions collectives contre les citoyens palestiniens.

Ali Abunimah a contribué à ce reportage.


Publié le 13 mai 2021 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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