Allemagne : La police berlinoise agresse des supporters de la Palestine lors de la Journée de la Nakba

Dimanche, la police berlinoise a arrêté et réprimé toute personne qui avait le front de témoigner son soutien à la Palestine. Parmi les personnes arrêtées figurait Ramsy Kilani, un Palestinien dont la famille a été massacrée lors d’un bombardement israélien sur Gaza, en 2014.

Une marche de soutien aux Palestiniens à Berlin, le 23 avril. Suite à ces protestations, les autorités de la capitale allemande ont imposé des interdictions catégoriques à toute forme de manifestation de soutien aux droits palestiniens, y compris le 15 mai, Journée de la Nakba. (Photo : Michael Kuenne / ZUMAPRESS)

Ali Abunimah, 16 mai 2022

Majed Abusalama, un Palestinien vivant dans la capitale allemande, a déclaré qu’il avait été agressé par la police.

« Je venais de quitter l’hôpital une heure plus tôt avec une attelle pour soutenir mon épaule après que la police raciste allemande l’avait presque disloquée lors d’une de ses réactions violentes contre nous, quand nous portons nos keffiehs palestiniens »,

a tweeté Majed Abusalama dimanche.

Les agressions contre les protestataires ont eu lieu après que, dans la capitale allemande, les autorités ont interdit à une organisation juive de mettre sur pied une veillée à la mémoire de Shireen Abu Akleh, la correspondante d’Al Jazeera assassinée la semaine dernière, alors que toutes les preuves désignent manifestement la responsabilité d’Israël dans l’affaire.

« Le rassemblement à la mémoire de Shireen Abu Akleh avait été organisé par Jüdische Stimme (Voix juive), une organisation juive qui soutient les droits palestiniens »,

a rapporté Al Jazeera.

« Mais la police a expliqué à l’organisation que l’événement – prévu pour vendredi soir – tombait sous l’interdiction des protestations à la veille de la Journée de la Nakba. »

Chaque année, le 15 mai (un dimanche, cette année), les Palestiniens commémorent la Nakba – le nettoyage ethnique de leur patrie, en 1948, par les milices sionistes, avant et après la fondation d’Israël.

« Leur position officielle, c’est que l’Allemagne a une responsabilité particulière envers Israël en raison de l’Holocauste »,

a déclaré Wieland Hoban, président de Jüdische Stimme, à propos de l’interdiction décrétée par le gouvernement de Berlin.

« Des gens comme nous, en tant que juifs, doivent toujours expliquer aux Allemands qu’ils ne nous aident pas en soutenant l’oppression des Palestiniens. »

Depuis fin avril, les autorités de Berlin ont décrété à deux reprises des interdictions catégoriques contre des manifestations concernant la Palestine, en s’appuyant sur des allégations disant que, lors de précédentes protestations, les participants y étaient allés de déclarations « antisémites ».

Les responsables allemands assimilent souvent tout témoignage de soutien aux droits palestiniens à du sectarisme antijuif.

Les organisateurs disent qu’un incident a apparemment été répertorié : Un adolescent aurait proféré une insulte raciste lors d’une manifestation, à la mi-avril.

La chose avait alors été gonflée au-delà de toute proportion par les médias et les hommes politiques et utilisée comme prétexte pour imposer efficacement des punitions collectives et une censure impitoyable à l’encontre des supporters des droits palestiniens.

Maintenus dans la chaleur

On dit que les autorités ont déployé plus d’un millier d’hommes pour appliquer l’interdiction des manifestations de solidarité avec la Palestine, ce dimanche.

Quoi qu’il en soit, quand les manifestants pacifiques se sont pointés, la police les a entourés de près et a restreint leurs mouvements – une tactique répressive d’encerclement,

« en s’appuyant sur des caractéristiques physiques, tels les gens qui portent des keffiehs »,

a expliqué un journaliste.

« Les gens hors du cercle étaient traînés de force à l’intérieur par les policiers. »

« La situation à Berlin est extrêmement tendue », a tweeté le journaliste Hebh Jamal dimanche.

« La police arrête littéralement toute personne en rue qu’elle entend dire ne serait-ce que « free Palestine » ou qu’elle voit coiffée d’un keffieh. »

« Voici une heure, la police allemande a arrêté l’un des plus importants activistes palestiniens en Allemagne, Ramsy Kilani »,

a ajouté Jamal.

Kilani a confirmé à The Electronic Intifada qu’il avait été arrêté par la police et encerclé avec d’autres à la Hermannplatz de Berlin.

« Ils nous ont retenus pendant une heure et demie, en pleine chaleur, jusqu’au moment où ils nous ont pris nos CI afin de nous traîner tous en justice pour un rassemblement prétendument illégal, même si nous n’avons pas organisé de manifestation. Nous étions tout simplement présents avec les couleurs palestiniens ou avec des keffiehs »,

a ajouté Kilani.

Le père de Kilani et cinq de ses frères et sœurs – tous citoyens allemands – avaient été tués lors d’une attaque aérienne d’Israël contre Gaza en 2014.

« La police allemande à Berlin qui interdit toutes les manifestations relatives à la Palestine et qui réprime toute personne portant les couleurs palestiniennes ou le keffieh dans des lieux publics, c’est une progression alarmante de la répression »,

a tweeté Kilani lundi.

« C’est antipalestinien », a-t-il ajouté. « Actuellement, il y a un débat en cours en vue d’interdire plus facilement les manifestations en général. »

Une régression sur la voie vers la démocratie

Au cours de l’année écoulée, dans l’effort croissant en vue de gommer les persécutions de Palestiniens par Israël aux yeux du public allemand figurait une purge des journalistes palestiniens et d’autres journalistes arabes par l’institut public de diffusion, Deutsche Welle.

Malgré la censure et la répression par la police et les hommes politiques, les supporters des droits palestiniens ont récemment remporté plusieurs victoires en justice, réaffirmant ainsi le droit à la liberté d’expression.

Néanmoins, l’interdiction catégorique et imposée par la violence à Berlin, maintenue par un tribunal local, constitue une régression sévère du côté de la longue et rocailleuse voie de l’ancien État nazi vers la démocratie.

« Le temps des calomniateurs »

Vidéo « Le temps des calomniateurs »

Bien qu’elle puisse aller en s’intensifiant, cette répression n’a rien de neuf. Les élites allemandes conspirent depuis longtemps pour réduire au silence les critiques à l’égard d’Israël.

Ils considèrent le soutien inconditionnel à la brutalité israélienne contre les Palestiniens comme une forme d’expiation pour l’assassinat systématique par le gouvernement allemand de millions de juifs lors de l’Holocauste.

Un film censé passer en première sur YouTube, le 22 mai, mettra en lumière la répression par l’Allemagne de la liberté d’expression, de pensée et d’activisme autour de la Palestine, ainsi que la relation de complicité de l’Allemagne dans les crimes d’Israël.

Le nouveau documentaire, The Time of Slanderers (Le temps des calomniateurs), de Dror Dayan et Susann Witt-Stahl, découle d’une conférence en 2018 qui avait réuni à Berlin des critiques juifs et palestiniens d’Israël et du sionisme.

« La poussée à droite du monde occidental se manifeste de diverses façons bizarres », avaient fait remarquer les organisateurs de la conférence.

« Les gens de gauche se font traiter de ‘nazis’ et les antifascistes juifs de ‘traîtres’. »

« La majorité de la gauche allemande est, au mieux, silencieuse face à ces développements alarmants, commettant ainsi une trahison équivalant à une capitulation devant les aspirations de puissance de la grande Allemagne, la politique belliqueuse de changement de régime de l’OTAN et l’agression meurtrière à l’encontre des réfugiés et des autres migrants »,

expliquent les cinéastes.

Le film, tourné en allemand et en anglais, avec des sous-titres en anglais, met en scène Moshe Zuckermann, Rolf Becker, Jackie Walker, Moshe Machover, Judith Bernstein et votre « serviteur », auteur du présent article.

Il a été dédié à la musicienne et survivante d’Auschwitz Esther Bejarano, une supportrice par la voix des droits palestiniens, qui a délivré un message lors de la conférence et qui nous a quittés l’an dernier, à l’âge de 96 ans.

Il est possible de visionner un trailer proposé ci-dessus, et le film complet sera disponible sur le même lien YouTube pendant 24 heures, le 22 mai.

Après cela, le film sera projeté sur demande.

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Ali Abunimah, cofondateur et directeur exécutif de The Electronic Intifada, est l’auteur de The Battle for Justice in Palestine, paru chez Haymarket Books.

Il a aussi écrit : One Country : A Bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impa

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Publié le 16 mai 2022 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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Lisez également : Des mobilisations pro-palestiniennes défient l’interdiction des commémorations de la Nakba à Berlin

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