Des universitaires juifs et israéliens réclament la démission de Felix Klein

Des universitaires juifs et israéliens réclament la démission de Felix Klein, un haut fonctionnaire fédéral allemand qui a faussement taxé d’antisémitisme des personnes ayant émis des critiques à l’encontre de la politique israélienne. (Photo : Wolfgang Kumm DPA)

Des universitaires juifs et israéliens réclament la démission de Felix Klein, un haut fonctionnaire fédéral allemand qui a faussement taxé d’antisémitisme des personnes ayant émis des critiques à l’encontre de la politique israélienne. (Photo : Wolfgang Kumm DPA)

Le responsable allemand de la lutte contre l’antisémitisme doit démissionner, estiment des universitaires juifs et israéliens

Ali Abunimah, 13 juillet 2020

Une bonne trentaine d’éminents universitaires juifs et israéliens réclament la démission du haut fonctionnaire allemand responsable de la lutte contre l’antisémitisme.

La toute récente demande de révocation de Felix Klein a eu lieu suite à son allégation, lors d’un événement qui a eu lieu le 30 juin, de ce que « l’antisémitisme en provenance des milieux progressistes de gauche » lui « avait personnellement compliqué l’existence ».

Klein avait poursuivi en disant que

« même si le discours de la droite avait actuellement un potentiel plus élevé de violence, nous ne devons pas pour autant sous-estimer ce secteur ».

Les universitaires rejettent totalement ces propos :

« Aucun ‘antisémite progressiste de gauche’ ne vous menace, mais les juifs et les non-juifs protestent contre la façon dont vous armez le combat contre l’antisémitisme au détriment de la liberté d’expression et des droits civils fondamentaux – ainsi que du combat contre l’antisémitisme même. »

Parmi les signataires figurent Dani Karavan, Alex Levac, Yehuda Judd Ne’eman et David Shulman – tous lauréats du prix Israël, la plus haute distinction culturelle officielle de l’Etat. 

On y trouve également Jean Comaroff, professeure à l’Université de Harvard, et l’écrivaine et lauréate du prix Yeshayahu Leibowitz, Ilana Hammerman, ainsi que Shlomith Rimmon-Kenan, membre de l’Académie israélienne des sciences et humanités.

Y figurent aussi Mark Levene, professeur retraité à l’Université de Southampton et lauréat du prix Lemkin de l’Institut pour l’étude du génocide ; Michael Rothberg, qui occupe la chaire des études sur l’Holocauste à l’Université de Californie ; et Barry Trachtenberg, qui occupe la chaire de l’histoire juive à l’Université de Wake Forest.

Les universitaires qualifient la dernière déclaration de Klein « profondément offensante ».

« Fondamentalement, vous nous avez traités d’antisémites, nous et bien d’autres personnes qui vous critiquent de façon légitime », écrivent-ils. « Pour cela, nous réclamons des excuses. »

Ils accusent également Klein de minimiser

« le vif danger auquel sont confrontés les juifs en Allemagne en raison de la montée de l’antisémitisme au sein de l’extrême droite ».

Des calomnies à l’encontre d’Achille Mbembe

Klein avait déjà été confronté à des appels réclamant sa destitution plus tôt cette année, à la suite de ce que les universitaires appellent

« son attaque honteuse à l’encontre du professeur Achille Mbembe, l’un des plus importants intellectuels de l’Afrique et de la planète ».

En réponse à la campagne de calomnie de Klein contre Mbembe, des centaines d’universitaires se sont engagés à ne plus coopérer avec les institutions qui, en Allemagne, censurent les défenseurs des droits palestiniens.

Suite à cet épisode Mbembe, nombre des universitaires qui, aujourd’hui, insistent en  faveur de la démission de Klein, ont écrit au ministre allemand de l‘Intérieur, Horst Seehofer, en lui demandant instamment de licencier Klein.

Malgré ce contrecoup, Klein a refusé de présenter ses excuses pour ses fausses accusations d’antisémitisme contre Mbembe.

Prié de justifier ces attaques, Klein a fait comprendre de façon on ne peut plus évidente, dans les colonnes du journal allemand Die Zeit, que sa motivation dans ses calomnies sur Mbembe était de protéger Israël contre les critiques et contre d’éventuelles demandes de comptes. 

Klein prétendait que l’essai de Mbembe, La société de l’inimitié, contenait « toutes les caractéristiques de l’antisémitisme concentré sur Israël ».

Selon Klein, on pouvait y lire que

« Israël est diabolisé, un système de deux poids et deux mesures est établi et la légitimité du pays dans son ensemble est remise en question ».

En réalité, l’essai contient des descriptions détaillées et exactes, quant aux faits, des systèmes de contrôle et de ségrégation imposés par Israël aux Palestiniens, y compris murailles, check-points, clôtures et miradors.

Klein a également parlé de ce qu’avait écrit Mbembe dans la préface d’un ouvrage paru en 2015, L’Israël de l’apartheid. Il y prétendait qu’Israël « était pire que le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud ».

Klein s’est également plaint de ce que les recettes du livre « étaient allées à un groupe BDS » – une référence au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions en faveur des droits palestiniens.

Le volume, publié par Haymarket Books, est un recueil d’articles soigneusement choisis et destinés à faire réfléchir rédigés par 18 universitaires d’Afrique – que l’on pourrait difficilement accuser d’avoir utilisé à la légère le terme « apartheid ».

Les comparaisons entre le système d’Israël et le crime d’apartheid tel qu’il était perpétré en Afrique du Sud sont communes depuis des années – parce qu’elles établies avec à-propos – et, parmi les gens qui les ont suggérées figurent même… d’anciens Premiers ministres israéliens comme Ehud Olmert et Ehud Barak.

Pour se défendre, dans une interview publiée en avril, Mbembe est allé jusqu’à déclarer « Il ne me viendrait jamais à l’esprit de contester le droit d’Israël à l’existence » et à insister sur le fait qu’il n’avait « aucune relation quelle qu’elle soit avec BDS ».  

Klein, par conséquent, cherche non seulement à réduire au silence les personnes qui s’opposent au « droit à l’existence » en tant qu’Etat raciste revendiqué par Israël, mais même à celles – comme Mbembe – qui ne s’y opposent pas.

Mais les faits ne sont pas importants pour les pro-israéliens rabiques comme Klein qui sont bien décidés à diffamer toute critique à l’égard d’Israël en l’assimilant à du sectarisme antijuif.

« Pour moi, la question est évidente », a affirmé Klein à propos de l’ouvrage de Mbembe. « Et je suis surpris qu’il y ait des lecteurs de ce livre qui, apparemment, ne s’en rendent pas compte. »

« Une force motrice »

En effet, la question est évidente, mais pas de la façon dont Klein l’envisage : Ce qui est évident, c’est que tous les exemples d’antisémitisme prétendu qu’il a ressortis contre Mbembe correspondent à une critique du système israélien très brutal d’occupation militaire, de colonialisme d’implantation et de ségrégation ethnoreligieuse violente.

Les signataires de la lettre l’appelant à démissionner disent de Klein qu’il est

« une force motrice sous-tendant des tentatives en vue de saper la liberté d’expression en disqualifiant catégoriquement le mouvement BDS – dont l’empreinte en Allemagne est minuscule – comme antisémite ».

Ils font remarquer que cette logique a été rejetée le mois dernier dans une décision historique de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a confirmé que l’activisme en faveur du boycott d’Israël s’inscrivait dans le cadre de la liberté d’expression politiquement protégée.

« Vous faites montre d’une absence de conscience et de respect des valeurs démocratiques », disent les universitaires en accusant Klein. « Vous êtes incapable de faire la distinction entre une critique légitime et un véritable antisémitisme. »

Au moment où Israël se dirige vers l’annexion de parties importantes de la Cisjordanie occupée, les universitaires disent que « la nécessité d’une critique et d’une opposition internationales exprimées à haute voix ne cesse de croître », mais Klein ne cesse lui « de tenter de dissuader le public et de refroidir le débat politique en Allemagne et ailleurs »

 

Klein est l’un des assez nombreux hauts fonctionnaires chargés de la lutte contre l’antisémitisme par les gouvernements européens et les Etats-Unis, lesquels ont utilisé leur position en guise de couverture afin de faire progresser la campagne israélienne cherchant à museler les partisans des droits palestiniens.

Très remarquée parmi ces personnes, Katharina von Schnurbein est une fonctionnaire allemande qui dirige l’effort de l’Union européenne en vue de propager des calomnies et mensonges à l’encontre du mouvement BDS.

the BDS movement.


Publié le 13 juillet 2020 sur The Electronic Intifada sous le titre « German anti-Semitism chief must resign, say Jewish and Israeli scholars »
Traduction : Jean-Marie Flémal

Ali Abunimah, cofondateur de The Electronic Intifada, est l’auteur de The Battle for Justice in Palestine, paru chez Haymarket Books.

Il a aussi écrit : One Country: A Bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse.

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