Les pogroms israéliens à Jérusalem

L’Encyclopédie britannique définit un pogrom comme « une agression de masse, approuvée ou condamnée par les autorités, contre les personnes et les propriétés d’une minorité religieuse, raciale ou nationale ».

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui contre les Palestiniens à Jérusalem.

Jérusalem, 23 avril 2021. Photo via Ziad Medoukh FB.

Asa Winstanley, 23 avril 2021

Les Palestiniens ne sont pas une minorité, en Palestine – le pays situé entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée. Mais, en raison du régime d’apartheid imposé par Israël au pays depuis 1948, la majorité des Palestiniens ont été expulsés des régions qui constituent aujourd’hui « Israël proprement dit », et que de nombreux Palestiniens appellent « la Palestine de 1948 ».

Suite à un lent processus de nettoyage ethnique enclenché par Israël, les Palestiniens ne constituent plus la majorité à Jérusalem. Mais, ces dernières semaines, ce processus s’est accéléré, dans cette ville, la capitale historique de la Palestine.

Nombre de clips vraiment terrifiants ont circulé en ligne – y compris de la part de journalistes dignes de foi – montrant des foules déchaînées d’Israéliens, généralement jeunes, s’en prenant à des Palestiniens à Jérusalem et scandant « Mort aux Arabes ! » (tout en y étant incités et dirigés par des responsables politiques et religieux israéliens traditionnels).  

 

 

Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais il s’est amplifié ces dernières semaines, en partie suite à une décision d’un tribunal israélien requérant de nouvelles expulsions de familles palestiniennes du quartier palestinien de Sheikh Jarrah.

Les familles ont jusque début mai pour quitter leurs logements et les céder aux colons israéliens.

Ces actions commises par l’État d’apartheid israélien n’ont fait encourager les foules haineuses scandant « Mort aux Arabes ! ». Et c’est là que se trouve la clef permettant de comprendre l’essence même d’un pogrom.

Un pogrom est le fait de foules violentes, qualifiées d’« extrémistes » dans le discours du gouvernement et des médias traditionnels. Il ne fait aucun doute que ces foules soient constituées de juifs suprémacistes d’extrême droite, d’après toute définition objective.  

Mais ce ne sont pas des extrémistes selon les termes de la tradition du discours politique israélien ni – et c’est très important – selon les termes des actions de l’État raciste même.

On peut le voir de façon très claire dans un clip vidéo viral lancé par l’organisation antisioniste américaine, Jewish Voice for Peace (Voix juive pour la paix).

Ce clip provenait donc d’un film de 2009 sur Sheikh Jarrah. Mais, comme le fait remarquer JVP, il aurait pu aisément avoir été filmé aujourd’hui. Ces expulsions de Palestiniens par des foules de fanatiques sionistes religieux aux idéologies exacerbées ont toujours lieu aujourd’hui et de la même façon que dans le clip.

Mais la partie la plus éloquente de la vidéo ne réside peut-être pas tant dans les actions de la foule même que dans la façon dont ces mêmes actions sont soutenues et encouragées par l’État raciste.

On y voit les nervis de la force militaire puissamment armée de la « Police des frontières » israélienne positionnés à proximité du logement et assistant à l’expulsion, garantissant de la sorte que les Palestiniens expulsés ne seront pas en mesure de se défendre ni de protéger leur maison.

 

Voici la définition même d’un pogrom.

Dans le clip posté par JVP, le chef des colons israéliens, Jonathan Yosef, est froidement explicite, à ce propos, en disant :

« Nous prenons maison après maison. Toute cette zone va devenir un quartier juif (…) Nous passerons au quartier suivant et, après ça, à d’autres encore. Notre rêve, c’est que Jérusalem-Est soit exactement comme Jérusalem-Ouest. La capitale juive d’Israël. »

Il donne ensuite une définition infiniment plus claire, plus honnête – et, franchement, plus adéquate – du sionisme que ne le pourraient jamais les dissimulateurs et menteurs du sionisme libéral ou « de gauche » (lorsqu’ils débarquent avec leurs absurdités sur « l’autodétermination juive » dans un pays qui n’a jamais été exclusivement juif).

« Je vois en cela une continuation du projet sioniste. Le retour à Sion. Est-ce au détriment des Arabes ? Oui. Mais nos institutions gouvernementales ont été construites elles aussi au détriment des Arabes qui vivaient ici. Et l’État lui-même était ainsi aussi »,

dit-il.

Tout ce que Yosef a dit dans cette définition est objectivement vrai. La différence, toutefois, c’est qu’il pense qu’un tel extrémisme aussi violent et raciste est correct et louable, alors que moi (à l’instar de la grande majorité des gens dans le monde), je le rejette comme une injustice horrible.

Yosef n’est pas un personnage marginal ni non plus quelque simple et obscur extrémiste au regard fou. Comme l’écrit mon collègue David Sheen, il siège au Conseil municipal de Jérusalem où il représente le Shas – un parti extrémiste religieux dont il s’avère également qu’il a remporté le troisième nombre de sièges du parlement israélien lors des élections du mois dernier. 

 

Mais les Palestiniens ne montrent aucun signe de repli, de résignation, de renoncement ou – pour reprendre les mots du fondateur raciste du sioniste, Theodor Herzl – n’ont toujours pas l’intention de permettre à Israël de « faire disparaître la population démunie de l’autre côté de la frontière » de la Palestine.


Publié le 23 avril 2021 sur Middle East Monitor
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

Lisez également : La résistance contre l’épuration ethnique à Sheikh Jarrah

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